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Quelle place pour l’histoire dans Conceptualités ?
Texte de : Florian Gallon, Paul Munier

L’histoire n’est pas une discipline que l’on pourrait dire théorique, au même titre que la philosophie qui a fait de la réflexion conceptuelle son objet même. Elle se fonde dans un temps et dans un lieu, elle s’appuie sur des hommes, de chair et d’os, sur les traces matérielles et les discours qu’ils nous ont laissés, et qui constituent les sources où s’abreuve l’écriture historique. Sans doute l’historien s’attache-t-il aux mots : ils constituent la matière vive de l’histoire. Mais c’est d’abord pour saisir, à travers eux, des systèmes passés, à la croisée de l’idéel et du réel : un ensemble de réalités sociales cimentées par une conception du monde et légitimées par des discours. Avec Reinhart Koselleck, il est possible de distinguer deux types de concepts sur lesquels s’établit le discours historique : « toute historiographie se meut sur deux niveaux : ou bien elle analyse des faits qui ont déjà été exprimés auparavant, ou bien elle reconstruit des faits qui auparavant n’ont pas été exprimés dans le langage […]. Dans le premier cas, les concepts hérités du passé servent d’éléments heuristiques pour saisir la réalité passée. Dans le second cas, l’histoire se sert de catégories formées et définies ex post, qui ne sont pas contenues dans les sources utilisées » (Le Futur passé : contribution à la sémantique des temps historiques, Paris, 2000, trad. fr. par J. et M.-C. Hoock, p. 115). C’est par le prisme de l’écrit que se peut aborder la relation de l’histoire au concept. L’écrit, doublement, est source de l’histoire : on dit de l’histoire qu’elle naît avec l’écriture, et l’historien élabore son oeuvre, pour l’essentiel, à partir de supports écrits, qu’il nomme ses sources. Or l’écrit est un matériau immédiatement conceptuel (au contraire de ces vestiges mis au jour par les archéologues, qui sont d’abord des choses sans nom) ; il est donc gage d’une intelligibilité du passé voire d’une compréhension conceptuelle de celui-ci.

On voudrait affirmer ainsi, avec quelque conviction, que l’histoire trouve pleinement sa place dans le projet porté par Conceptualités. Celui-ci se définit d’abord par l’exigence de transdisciplinarité. Il s’agit donc de constituer un espace où, au contact des autres sciences humaines et peut-être dans une interpénétration avec elles, mais sans renier ses méthodes propres d’investigation, l’histoire serait en mesure d’interroger le concept. Cette contribution pourra s’effectuer selon au moins trois directions :

- 1) celle d’une histoire des concepts. C’est un renseignement précieux dans l’étude d’un concept, et du concept en général, que la démonstration et la détermination de son historicité ;

- 2) celle d’une épistémologie de l’histoire, où l’historien ne constitue sans doute pas la seule parole légitime, mais qui assurément peut et doit s’enrichir d’une réflexion proprement historienne, nourrie par la pratique de l’histoire ;

- 3) celle enfin d’une conceptualité propre à l’écriture de l’histoire. L’historien recourt ainsi à des concepts qui peuvent être propres à sa discipline. Il se pourrait alors que l’attention de l’historien au concept configure un usage concurrent de ses autres usages disciplinaires, dans le découpage fin et spécifique du réel qu’il propose.

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